Edito - 2 juillet 2013

Snowden, TTIP, droits de l'homme et liberté d'expression... quelques réflexions sur l'actualité

Edward Snowden, le « whistleblower ». Un jeune homme d'une trentaine d'année, qui a décidé de révéler des informations sur les programmes de surveillance (ou d'espionnage, selon les préférences) américain, états-uniens, devrait-on dire.

PRISM, ou quand Big Brother n'est plus qu'un amateur... Prism, ce que l'on sait aujourd'hui

Snowden, sur les traces de Julian Assange, fondateur de Wikileaks et réfugié à l'ambassade d'Equateur au Royaume-Uni depuis plus d'un an.

Ou de Bradley Manning, un des informateurs de Wikileaks, qui a eu moins de chance. Son procès est en cours aux Etats-Unis. Accusé « d'aide à l'ennemi », il risque plus de 150 ans de prison... (Ou la mesure des peines de prisons à l'américaine !)

Revenons à notre whistleblower. Conscient de la réaction probable des Etats-Unis suite aux révélations, il s'est réfugié à Hong-Kong. De là, il cherche l'asile politique.

L'Equateur est cité. On se rappelle, ce pays, à déjà accordé l'asile politique à Julien Assange.

Réactions de Human Rights Watch (Organisation NON Gouvernementale de défense des DROITS de l'Homme!) : l'étrange voyage de Snowden (Chine, Russie, Equateur, Cuba, pensez-donc ! Ces pays sont-ils démocratiques ?! Les Etats-Unis, à n'en pas douter, le sont beaucoup plus...) et dans le même temps, un article sur la censure de la presse en Equateur... coïncidences ?!

Passons sur le chantage des Etats-Unis relatif aux accords commerciaux avec l'Equateur dans le cadre de la lutte anti-drogue (soit dit en passant, que l'Equateur propose aux Etats-Unis de leur financer une formation aux droits de l'Homme serait assez drôle si le contexte n'était pas aussi grave!).

Passons également sur un certain traitement médiatique d'une neutralité exemplaire.

Snowden est maintenant « en transit » à l'aéroport de Moscou, et envoie des demandes d'asile.

21 pays, dont la France. La France, dont plusieurs partis politiques ont appelé à lui accorder l'asile. (A noter que certains médias n'ont pas manqué une si belle occasion de mettre dans un même panier EELV, Front de Gauche et FN!).

La France, qui, au sein de l'Union Européenne, a débuté des négociations dans le cadre du TTIP.

TTIP ? Que vient faire cet engin dans ces quelques réflexions ?

TTIP ? Un accord commercial trans-atlantique en discussion entre l'Europe et les Etats-Unis, en tant que bons partenaires commerciaux... (des micros placés par la NSA dans les locaux de la Commission Européenne ne sont bien sûr qu'anecdotiques...).

Cette anecdote nous donne tout de même l'occasion de se pencher sur cet accord « commercial » qui plus précisément vise à supprimer les barrières « non-tarifaires » au commerce : au hasard, toute règle environnementale, éthique, sociale etc. qui gênerait le libre-échange.

Soyons rassurés, s'il s'agit de s'aligner sur les Etats-Unis en la matière, nous pouvons avoir confiance dans leurs normes sociales, éthiques, environnementales...

Rassurons-nous également, nous serons certainement bien informés par les médias sur ce TTIP et sur l'avancement des négociations, afin de voter en 2014 pour nos députés européens en toute connaissance de cause !

Enfin, heureusement nous pouvons compter sur l'école pour former les jeunes à développer leur esprit critique et leur esprit d'analyse !

MB

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mercredi 12 septembre 2007

LES BIOCARBURANTS SONT-ILS ECOLOGIQUES?

« Biocarburant » : se dit de combustibles liquides produits à partir de plantes cultivées. Mais cela ne veut en aucun cas dire qu’ils sont issus de l’agriculture biologique. Le terme « agrocarburant » serait plus approprié, et éviterait toute confusion. Il existe plusieurs types d’agrocarburants. L’huile végétale brute, utilisée dans un moteur diesel, le biodiesel, qui résulte de la transformation chimique de l’huile végétale, et enfin le plus répandu, le bioéthanol, utilisé pour les moteurs essence. Ces agrocarburants ont pour point commun d’être produits par traitement de matières végétales. Fabriqués le plus souvent à partir de blé, colza, maïs ou encore canne à sucre, puis mélangés aux carburants traditionnels, ils permettraient de réduire la consommation de pétrole, ainsi que le rejet de gaz à effet de serre. Toutefois les qualités « vertes » de ces agrocarburants sont à nuancer, car il faut prendre en compte leur mode de production. Or, les techniques de culture employées risquent d’aggraver les conséquences néfastes pour l’environnement, et ne constituent pas une réponse satisfaisante au problème énergétique.

BILAN ENERGETIQUE
Dans le cadre d’une agriculture intensive, une grande quantité de pétrole est nécessaire à la fabrication d’agrocarburant. Lors de la phase de croissance des plantes, les engrais utilisés en abondance sont issus d’hydrocarbure. Puis, lors de la transformation chimique de la matière, le processus utilise de l’énergie pétrolière. Contrairement à l’objectif visé, la fabrication d’éthanol ou de biodiesel consomme plus d’énergie qu’ils n’en produiront comme carburant.
Concernant la pollution atmosphérique, la photosynthèse opérée durant la croissance des plantes compenserait le rejet de CO2 émis lors de la combustion du carburant. Mais ce calcul omet la quantité de CO2 rejetée lors de la production. De plus, la combustion des agrocarburants augmente la concentration d’ozone, ce qui peut notamment entraîner des affections respiratoires.

ACCELERATION DE LA DEFORESTATION ET EPUISEMENT DES SOLS
La production d’agrocarburants nécessite de plus en plus de terres cultivables. Le rendement est meilleur dans des zones chaudes et humides, aussi des pays du sud se lancent dans cette production. La demande croissante en énergie des pays du nord va accroître la pression foncière dans les pays du sud, qui font déjà face à une augmentation de la monoculture dédiée aux exportations. Au Brésil, les champs de canne à sucre se multiplient et prennent la place des pâturages. Le soja envahit la forêt amazonienne. Le défrichage par brûlis détruit la vie au sol, et oblige à utiliser énormément d’engrais. Ces plantations nécessitent de grandes quantités d’eau et appauvrissent les sols. La monoculture conduit à une diminution de la biodiversité.
En Indonésie, les palmiers à huile destinés à la fabrication de biodiesel accélèrent la destruction de la forêt pluviale. La Malaisie, première pro-ductrice d’huile de palme, a déjà perdu 87% de sa forêt tropicale. Des espèces telles que l’orang-outang sont gravement menacées.

AUGMENTATION DU PRIX DES CEREALES
Le gros handicap des agrocarburants est qu’ils entrent en concurrence avec la production alimentaire. Les plantes utilisées sont des céréales de base, et la demande croissante due à la fabrication d’agrocarburants entraîne une hausse des prix. Fin juin 2007, les réserves mondiales de blé, maïs et orge ont atteint leur niveau le plus bas depuis 1970. Aujourd’hui, plus de 800 millions de personnes ne mangent pas à leur faim du fait de leur pauvreté, alors que la terre pourrait largement nourrir tous ses habitants. Si la hausse des prix des aliments de base se poursuit, 1,2 milliards de personnes pourraient souffrir de la faim en 2025. Le Mexique, qui importe 30% de son maïs des Etats-Unis, a vu le prix des tortillas augmenter de 40%. Le prix du maïs subit en effet une forte pression due à la demande croissante en éthanol.

ATTEINTES AUX DROITS DE L'HOMME
Les populations locales se voient spoliées et chassées de leurs terres ancestrales par les grands industriels. Les coupeurs de canne à sucre travaillent jusqu’à douze heures par jour. Au cours des cinq dernières années, 1383 travailleurs ont perdu la vie dans les champs de canne brésiliens.

L'ESPOIR DES AGROCARBURANTS DE DEUXIEME GENERATION
L’éthanol cellulosique, qui vise à transformer en carburant toutes sorte de matières végétales (déchets végétaux, copeaux de bois…), fait l’objet de recherches scientifiques. Cette technique limiterait l’impact des agrocarburants sur la production agricole et sur la forêt. De plus, l’éthanol fabriqué entièrement avec de la cellulose affiche un ratio énergétique 5 à 6 fois meilleur que les agrocarburants de première génération, et émet environ 85% de moins de gaz à effet de serre que l’essence.

Cependant, il ne faut pas considérer que cela pourrait remplacer les quantités de pétrole consommées. D’autant que la demande en énergie va être croissante. Le développement des agrocarburants ne pourra résoudre la crise pétrolière, et risque de faire perdre de vue l’essentiel : limiter la consommation d’énergie. C’est tout le modèle énergétique qui est à revoir. Ce n’est que dans ce cadre qu’une utilisation de la biomasse comme source d’énergie pourrait être envisagée. Les agrocarburants sont moins polluants à la seule condition qu’ils soient produits dans le cadre d’une agriculture responsable, qui sous entend fabrication artisanale et proximité.

Quelques chiffres…
· La quantité de céréales nécessaires pour faire le plein d’un 4X4 suffirait à nourrir une personne pendant un an.
· Il faudrait cultiver 118% de la France en tournesol pour remplacer le pétrole consommé par les français chaque année.
· 45 000 litres d’eau sont nécessaires pour fabriquer 5 litres d’éthanol.




Tournesols, Van Gogh


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vendredi 20 juillet 2007

LA PEINE DE MORT DANS LE MONDE


Depuis l’Antiquité la peine de mort est un sujet sensible qui divise les hommes entre ses partisans et les abolitionnistes. L’objet de ce dossier n’est pas de prendre part au débat mais de présenter les situations très différentes de son application contemporaine autour du monde.
La sentence capitale est une peine appliquée par le pouvoir judiciaire consistant à retirer légalement la vie à une personne ayant été reconnue coupable d’un crime. Cette forme de sanction est très répandue jusque dans les sociétés primitives. Elle connaît une réelle contestation à partir du XVIIIe siècle quand certains philosophes des lumières constituent un mouvement abolitionniste. Le premier souverain à abolir (temporairement) la peine de mort fût le grand-duc de Toscane en 1786. Il était alors conseillé par l’intellectuel Cesare Beccaria, fondateur du droit pénal moderne. Le pays qui a supprimé la sentence capitale le plus tôt est le Venezuela en 1863. Les Philippines sont le dernier pays à avoir aboli la peine de mort le 24 juin 2006.
Aujourd’hui 89 pays ont retiré de leur législation la sentence capitale (en bleu sur la carte en une). Dix pays la prévoient uniquement pour des crimes commis en temps de guerre (vert). Ceux-ci n’ont plus pratiqué d’exécutions depuis très longtemps. Trente Etats disposent de la peine de mort dans leur système juridique, mais sans l’avoir appliquée depuis au moins 10 ans (orange). La plupart de ces pays n’ont pas l’intention d’utiliser cette sanction à nouveau et ont signé des engagements internationaux la proscrivant. Enfin, 68 Etats exécutent régulièrement des condamnés à mort (marron). Parmi eux on compte quatre démocraties : Taiwan, le Japon, l’Inde et les Etats-Unis.
Au cours de l’année 2006, 1591 prisonniers ont été exécutés dans 25 pays, et 3861 personnes ont été condamnées à mort dans 55 Etats. Ces chiffres sont sans doute en deçà de la réalité car les gouvernements ne communiquent pas les statistiques sur les exécutions judiciaires. La Chine est soupçonnée d’exécuter à elle seule plusieurs milliers de condamnés par an selon certaines ONG. En tout, plus de 90% des exécutions en 2006 ont eu lieu dans six pays : Chine (1010), Iran (177), Pakistan (82), Irak (65), Soudan (65), Etats-Unis (53). L’an dernier l’Iran a exécuté quatre mineurs au moment des faits, le Pakistan un. L’Arabie saoudite, la République démocratique du Congo, le Nigeria et le Yémen maintiennent également une législation qui permet de condamner à mort un délinquant dont l’âge est inférieur à 18 ans.


Les crimes pouvant entraîner une condamnation à mort (meurtre excepté)
· Crimes économiques (corruption, évasion fiscale) et piraterie informatique: Chine.
· Adultère, blasphème ou homosexualité: Nigeria, Pakistan, Arabie saoudite et Iran.
· Trafic de stupéfiants : Syrie, Malaisie, Indonésie, Libye, Singapour, Thaïlande, Japon, Viêt-Nam et autres.
· Opposition au socialisme ou collusion avec l’impérialisme : Corée du Nord.

A la fin de l’année 2006 on pouvait estimer qu’environ 20000 prisonniers attendaient dans les couloirs de la mort l’application de leur peine. Les méthodes d’exécution varient grandement selon les pays. Les deux modes les plus utilisés sont la pendaison (Japon) et l’arme à feu (Chine). La plupart des 38 Etats sur 50 des Etats-Unis qui appliquent la peine de mort utilisent l’injection létale ou l’électrocution. Dans les pays où la Charia (loi islamique) est appliquée, des lapidations ou décapitations au sabre sont effectuées (Arabie saoudite, Iran, Pakistan, Nigeria).
Bien que le débat sur la peine de mort soit ancien, les arguments ont peu changé avec le temps. Les partisans de la sentence capitale évoquent souvent son effet dissuasif sur les potentiels délinquants. De plus l’exécution des criminels dangereux garantit qu’ils ne seront jamais en situation de possible récidive. Le coupable de certaines catégories d’offenses, touchant notamment les enfants, aurait perdu son humanité et ne mériterait plus de vivre. Pour les abolitionnistes, l’irrémédiabilité de la peine de mort est particulièrement critiquée. La sentence capitale n’autorise aucune réparation en cas d’erreur judiciaire et elle ne laisse pas la place à la rédemption du condamné. De plus, utiliser la mort pour punir un meurtrier reviendrait à se comporter de façon incompatible avec les valeurs humaines.
Au niveau mondial, 129 pays ont aujourd’hui renoncé à la peine de mort. Même si les exécutions persistent, le mouvement abolitionniste progresse par la signature de traités internationaux interdisant la sentence capitale.


L’évolution de la peine de mort en France
La sentence capitale était largement pratiquée sous l’Ancien Régime, selon différentes modalités en fonction du crime et de la condition du condamné. Le premier débat officiel sur l’abolition date de la Révolution avec un projet soutenu par Robespierre, mais qui sera rejeté par l’Assemblée. Au contraire, le premier Code pénal français promulgué le 6 octobre 1791 intègre le fameux article 3 : « Tout condamné à mort aura la tête tranchée ». Par la suite, Aristide Briand et Jean Jaurès essaieront de faire voter l’abolition au début du XXe siècle, sans succès.
Dans les années 1970, l’affaire Buffet et Bontemps secoue l’opinion publique. Lors d’une prise d’otage, Buffet tue 2 personnes. Robert Badinter, avocat de Bontemps, réussit à prouver que son client n’a pas commis de meurtre. Pourtant les 2 accusés sont condamnés à mort et exécutés. Robert Badinter commence alors son combat en faveur de l’abolition de la peine de mort lors de nombreux procès.
François Mitterrand se déclare contre la sentence capitale durant la campagne présidentielle de 1981. Après son élection, il confie à son nouveau ministre de la justice, Robert Badinter, le soin de porter la loi d’abolition de la peine de mort du 9 octobre 1981. Jacques Chirac a souhaité constitutionnaliser le renoncement à la sentence capitale. Avec la loi de révision du 23 février 2007 un article 66-1 a été inséré dans la Constitution française. Il dispose que « Nul ne peut être condamné à la peine de mort », conclusion d’un débat qui aura duré plus de deux siècles.

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lundi 11 juin 2007

Le trafic de diamants en Afrique


Un groupe de mineurs en Sierra Leone

Le commerce mondial du diamant s’élève à 68 milliards de dollars. L’Afrique fournit plus de la moitié de ce marché avec des pierres qui sont considérées comme les plus belles par les experts d’Anvers, la capitale du diamant. Les principaux Etats extracteurs du continent sont l’Afrique du Sud, le Botswana, la Namibie, l’Angola, la République démocratique du Congo, le Congo Brazzaville, la Sierra Léone, le Libéria et la Guinée.
Cette richesse géologique est loin de faire le bonheur de l’ensemble de ces pays. Elle peut même être perçue comme une malédiction par certaines populations. Selon une étude de la Banque mondiale, la grande majorité des 47 guerres civiles qui ont eu lieu sur ce continent entre 1967 et 1999 impliquait le contrôle de ressources minérales. Depuis l’indépendance des Etats africains, les zones diamantifères, jadis administrées par les colons, ont fait l’objet de luttes acharnées lors des multiples conflits ethniques et politiques qui ont eu lieu. Les groupes rebelles cherchent à s’assurer le contrôle des mines de pierres précieuses afin d’obtenir des revenus importants leur permettant d’acheter des armes, et de financer leur combat. Cette logique est au cœur du conflit qui a ravagé l’Angola à partir de 1975. Suite à l’accession à l’indépendance aux dépens du Portugal, le pays tombe aux mains du mouvement marxiste MPLA du président Dos Santos. L’UNITA de Jonas Savimbi débute alors la rébellion et son effort de guerre est largement alimenté par la vente de diamants. Ce conflit a duré 27 ans, faisant plus d’un million de morts. Cette guerre civile aurait eu lieu sans l’existence des diamants, mais elle n’aurait pu se prolonger aussi longtemps sans le trafic des pierres précieuses, qui a assuré d’importantes ressources aux insurgés. Ce schéma s’est répété à de nombreuse reprises en Afrique, même s’il a quelque peu évolué ces derniers temps. Alors qu’auparavant l’argent des diamants servait à financer des rébellions, aujourd’hui des conflits sont motivés par le contrôle des mines et la recherche du profit. Le film Blood Diamond a récemment mis en lumière cette situation au travers du drame vécu par la Sierra Léone entre 1991 et 2002. Durant cette période, le Revolutionary United Front (RUF) de Foday Sankoh s’est assuré le contrôle des aires diamantifères en terrorisant la population. L’armée rebelle pratiquait de nombreuses mutilations et utilisait des milliers d’enfants soldats. L’objectif premier de cette insurrection, qui a fait plus de 100 000 morts, était l’enrichissement des seigneurs de guerre. Celui-ci était assuré grâce à la complicité de la firme De Beers qui était l’acheteur complaisant des diamants du RUF.
Alertée depuis le milieu des années 90 par les ONG sur les « diamants de sang » sierra léonais, la communauté internationale a décidé de réagir au début des années 2000. Le Conseil de sécurité de l’ONU vota le 5 juillet 2000 un embargo sur les diamants de Sierra Leone et du Libéria voisin, car l’ex-président libérien Charles Taylor permettait aux rebelles du RUF d’exporter leurs diamants depuis son pays. Le Libéria exportait ainsi près de 50 fois plus de pierres qu’il n’en produisait. L’ancien dictateur est aujourd’hui jugé par un Tribunal spécial pour la Sierra Leone à La Haye pour son soutien aux insurgés et à leurs pratiques sanglantes. La chute de Charles Taylor et la tenue d’élections libres en Sierra Leone en 2002 laissent espérer une stabilisation de la région meurtrie. Pour remédier à la prolifération de ces diamants de conflits, qui financent de terribles guerres civiles, de nombreux Etats ont signé le processus de Kimberley initié par l’Afrique du Sud. Cet accord entré en vigueur en 2003 a été ratifié par 71 Etats jusqu’à présent. Selon les termes de ce traité international, les diamants bruts ne peuvent être exportés et importés que s’ils sont accompagnés d’un certificat émis par le pays exportateur afin de s’assurer de la traçabilité de chaque pierre. Le Conseil mondial du diamant assure qu’avec ce nouveau système 99% des diamants en circulation sont « propres », contre 95% auparavant. D’autres sources continuent d’affirmer que 5 à 15% des pierres vendues servent à alimenter des guerres civiles, ce qui représente une fourchette de plusieurs centaines de millions à un milliard de dollars. Malgré ces précautions, le trafic de la pierre éternelle existe toujours en Afrique où les frontières sont particulièrement poreuses. De plus, ce secteur fait vivre plusieurs millions de travailleurs et représente donc un pan vital de l’économie africaine.

L’histoire moderne de l’Afrique est indissociable de celle du diamant. Le contrôle des zones diamantifères est au cœur des nombreux conflits qui ont ravagé le continent depuis les vagues d’indépendance. Les actions récentes de la communauté internationale ont eu des effets positifs certains. Néanmoins, il reste encore des efforts à faire pour éradiquer le trafic des diamants africains qui n’a pas complètement disparu.


Quelques chiffres :

· 65% de la production mondiale de diamants provient des pays africains pour une valeur de plus de 8 milliards de dollars par an.
· La Sierra Leone a exporté environ 142 millions de dollars de diamants en 2005.
· Le secteur du diamant emploie 25% des travailleurs au Botswana et représente 33% de son PIB.
· En Namibie, l’industrie d’extraction du diamant est le deuxième employeur derrière l’Etat.


Affiche de la campagne d'Amnesty international contre les diamants de guerre

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mardi 15 mai 2007

L'état des lieux des migrations internationales contemporaines


Aujourd’hui, environ 150 millions de personnes vivent hors du pays où elles sont nées, ou dont elles possèdent la nationalité. Cette proportion représente moins de 2,5% de la population de la planète. Le monde ne connaît plus, à l’heure actuelle, de grandes vagues migratoires comme au XIXe siècle avec le peuplement des « pays neufs » et des colonies. L’immigration moderne est surtout perçue comme une « montée vers le Nord » d’émigrants fuyant la guerre ou la pauvreté, à la recherche d’un avenir meilleur pour eux et leurs familles. Les images des « wet-backs » (dos mouillés) latino-américains, qui essayent de traverser le Rio Grande pour aller aux Etats-Unis, ou celles des africains qui tentent d’atteindre l’Europe sur de frêles embarcations sont très présentes dans les esprits occidentaux. Ces faits renvoient à une vérité indéniable mais ils ne recouvrent pas la réalité de l’ensemble des flux migratoires.
Tout d’abord, il est important de préciser qu’un peu plus d’un migrant sur deux se trouve dans un pays en voie de développement. Cela s’explique par l’apparition de nouveaux pôles d’emplois dans certains pays émergents d’Amérique du Sud et au sein des Dragons asiatiques, qui bénéficient alors de flux à courte distance. De plus, les migrations forcées ont pris une place croissante dans les mouvements Sud-Sud avec le développement de crises politiques violentes, notamment en Afrique et en Asie, mais aussi avec l’apparition des « éco-réfugiés » ayant subi des dégradations environnementales importantes.
En ce qui concerne les flux migratoires Sud-Nord, il serait également faux de croire qu’ils sont essentiellement constitués des populations les plus défavorisées. Les candidats aux départs sont rarement les plus pauvres : ce sont plutôt les classes moyennes et les personnes qualifiées qui souhaitent émigrer. Il y a par exemple plus de médecins béninois en France qu’au Bénin.
Cette réalité des flux Nord-Sud n’est pas sans impact pour les sociétés concernées par ces mouvements. L’après Seconde Guerre mondiale a vu les Etats européens recourir massivement à la main d’œuvre étrangère afin de participer à la reconstruction du vieux continent. Or, les difficultés d’intégration des populations issues de l’immigration sont aujourd’hui évidentes, avec le problème des discriminations. De plus, avec l’achèvement de la reconstruction en Europe, les Etats de l’Union ont amorcé une politique commune de l’immigration avec la mise en place de l’espace Schengen au début des années 90. Les conditions d’accueil permanent des étrangers non-communautaires sont plus strictes qu’auparavant.
Ce virage a provoqué des conséquences néfastes inattendues. Premièrement, il a contribué de fait au développement de filières d’immigration clandestines à des tarifs exorbitants, et souvent dans des conditions périlleuses. Le statut des clandestins dans le pays d’accueil est particulièrement précaire puisque les régularisations massives sont rarement effectuées, pour ne pas favoriser les réseaux, et des procédures d’expulsion ont été introduites. Les conditions de détention et d’expulsion des clandestins font d’ailleurs l’objet de critiques de la part d’organisations de protection des droits de l’homme.
D’autre part, le recours à une immigration choisie par les pays de l’espace Schengen prive les pays du Sud de leurs forces vives. L’exemple des médecins béninois en France trouve son parallèle au Royaume-Uni avec les médecins ghanéens qui y sont en plus grand nombre qu’au Ghana. De plus, elle installe de nombreuses familles des pays de départ dans un état de dépendance vis-à-vis des transferts d’argent provenant de leurs proches émigrés. Cette situation n’est pas un processus de co-développement satisfaisant à long terme.
La tendance récente des migrations internationales est à la diversification des flux et des migrants. En effet, certains pays traditionnellement d’émigration sont devenus des terres importantes d’immigration. Le Mexique avec les sud-américains et le Maroc avec les africains subsahariens constituent une illustration parfaite de ce phénomène. La mondialisation a largement contribué à la diffusion de l’image d’un eldorado occidental. Or, il est essentiel de se demander si les migrations contemporaines contribuent à compenser ou à aggraver les déséquilibres entre pays pauvres et pays riches. La réponse à cette question nécessite un réel dialogue Nord-Sud où les pays riches ne doivent plus seulement réclamer les fruits d’une immigration à leur profit, mais instaurer une véritable politique de co-développement.



Le statut de refugié
La Convention des Nations Unies de 1951 considère comme réfugié quiconque « se trouve hors de son propre pays et qui ne peut y retourner, craignant avec raison d’être persécuté du fait de son ethnie, de sa religion, de sa nationalité, de ses opinions politiques ou de son appartenance à un certain groupe social ». La même année le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) est créé afin de gérer le problème des dizaines de milliers de personnes déracinées après le second conflit mondial. Son activité a été en constante augmentation depuis sa création, dans 3 zones principalement : en Afrique depuis l’accession à l’indépendance, en Asie durant les années de Guerre froide, et en Europe avec le développement du conflit dans les Balkans. De 2,1 millions de réfugiés en 1951, ce nombre est passé à 21 millions fin 2006. Les personnes essayant d’obtenir le statut de réfugié sont parfois appelées demandeurs d’asile, car le fait de les accueillir constitue un asile politique. En France, c’est l’Office de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) qui statue sur la qualité de réfugié ou d’apatride (personne dépourvue de nationalité), admis à rester sur le territoire national.




Les « éco-réfugiés » constituent un concept controversé du droit international. Cette terminologie a été inventée par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement qui a publié un rapport en 1985 estimant à 25 millions le nombre de réfugiés de l’environnement, soit plus que le nombre de réfugiés traditionnels. Ils sont notamment apparus dans des régions africaines souffrant de la désertification progressive. Ces « éco-réfugiés » ne bénéficient pas du statut de réfugié et leur condition juridique reste floue. Ils semblent pour l’instant être assimilés aux migrants économiques. Or, avec les conséquences du réchauffement climatique cette catégorie de migrants forcés est appelée à se développer.

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mercredi 11 avril 2007

L'ambiguité des relations franco-africaines sous la Ve République: la politique française inavouée

Les 15 et 16 février 2007 s’est tenu la XXIVe Conférence des chefs d’Etat d’Afrique et de France à Cannes. Les relations entre la France et l’Afrique sont très anciennes et pour le moins ambiguës. Ce sommet est l’occasion de dresser un bilan de la « Françafrique » (expression de l’ex-président Ivoirien Félix Houphouët-Boigny), la partie méconnue des relations franco-africaines de ces 50 dernières années.
La naissance de la Ve République intervient en pleine guerre d’Algérie. Le nouveau régime français doit se construire dans une période trouble, marquée par la décolonisation.
Malgré une indépendance officielle des Etats africains, se met en place à partir de 1960 la « cellule africaine de l’Elysée ». Le général de Gaulle veut en effet garder des liens privilégiés avec ce continent. Cela se traduit par une politique paternaliste qui est censée faciliter le développement des jeunes Etats africains. L’objectif plus inavoué est de garder une mainmise sur ces pays, dont la France a besoin, que ce soit sur le plan politique ou économique.
Le général de Gaulle nomme ainsi en 1960 Jacques Foccart « Secrétaire général de l’Elysée aux affaires africaines et malgaches », poste qu’il occupera jusqu’en 1974. Il est le « Monsieur Afrique » de l’Elysée. Foccart a mené une politique souterraine durant de nombreuses années, sur ordre du président français. Il avait des relations très étroites avec les dirigeants africains, et a installé au pouvoir nombre d’entre eux au moment des indépendances. Mais ces derniers ne devaient pas s’écarter de la politique prônée par la France, sous peine de se voir démettre par le même Foccart.
Le premier coup d’état sanglant de l’Afrique indépendante est un exemple de cette politique menée dans l’ombre par la France. Sylvanus Olympio, premier président du Togo, est assassiné le 13 janvier 1963. Ce coup d’état a été soutenu par les réseaux de Foccart, le président togolais s’écartant trop de la tutelle française.

Un épisode oublié de l’histoire : le massacre des Bamiléké
Le 1er janvier 1960, après l’indépendance du Cameroun, Foccart installe son ami Ahmadou Ahidjo au pouvoir. Aussitôt, un accord de coopération militaire est signé avec la France. Il existe alors au Cameroun un groupe de nationalistes radicaux, l’UPC, notamment composé du peuple Bamiléké. Le président Ahidjo veut neutraliser ce mouvement et la France, qui craint que ce groupe ne déstabilise le pays, va l’aider. Le général de Gaulle dépêche sur place cinq bataillons. Entre février et mars 1960, 56 villages Bamiléké sont incendiés et rasés par l’armée régulière française. Certains parlent de génocide concernant ce peuple (entre 60 000 et 400 000 morts selon les sources). Le 20 octobre 1960, le chef de l’UPC, Félix Moumié, est assassiné à Genève. La répression des membres de l’UPC va durer jusque dans les années 70. Le Ministre des armées de l’époque, M. Guillaumat dira : « C’est la première fois qu’une révolte d’une telle ampleur est écrasée convenablement ».

A partir de la présidence de François Mitterrand, il n’y a plus eu un unique réseau comme du temps de Foccart, mais plusieurs, dont celui du nouveau « Monsieur Afrique » de l’Elysée, Jean-Christophe Mitterrand (ou « Papa m’a dit »). Celui-ci a été « Conseiller pour les affaires africaines » entre 1986 et 1992. En 1993 il est mis en examen pour complicité de trafic d’armes avec l’Angola (la justice ne s’est toujours pas prononcée sur cette affaire). Les réseaux de Charles Pasqua sont également très influents à cette époque.

L’affaire des ventes d’armes à l’Angola ou « affaire Falcone »
Pierre Falcone est un négociant en contrats pétroliers et en armement. Il a été au centre de l’affaire des ventes d’armes en Angola en 1993-94, alors qu’un embargo interdisait la commercialisation d’armements vers ce pays. Le trafic s’est fait notamment sous couvert de la société Sofremi, une société dépendant du ministère de l’intérieur, alors dirigé par Charles Pasqua. La classe politique française aurait largement bénéficié du trafic juteux de Pierre Falcone, notamment le parti politique de M. Pasqua, le RPF. Falcone est depuis 2004 sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour son implication dans les ventes d’armes à l’Angola. Cependant, il bénéficie de l’immunité diplomatique, ayant été nommé en 2003 ambassadeur à l’Unesco par l’Angola, en remerciement de « sa contribution en faveur de l’Angola » (le pays avait besoin d’armes dans sa guerre contre les rebelles de l’Unita).

Les différents réseaux politico-financiers ont toujours fonctionné dans l’ombre.
Ces dernières années cependant, des affaires ont permis de mettre à jour une partie des transactions et manœuvres politiques s’effectuant secrètement.

« L’affaire Elf »
Cette affaire politico-fiancière a éclaté en 1994. L’instruction a révélé un vaste réseau de corruption : l’entreprise publique née en 1967 de la fusion de plusieurs entreprises pétrolières françaises, bénéficiait de la bienveillance voire du soutien de l’exécutif français dans ses agissements pour la protection des intérêts pétroliers de la société. Dès sa création, la priorité d’Elf a été de sécuriser le pétrole africain, l’approvisionnement pétrolier français étant considéré comme un enjeu majeur. Elf possède son propre service de renseignement, et s’implante d’abord au Gabon, portant au pouvoir Omar Bongo, ancien agent des services secrets français. La société a été impliquée dans la guerre civile en Angola, qui possède d’importants gisements pétroliers, l’ex-PDG Le Floch-Prigent reconnaissant avoir financé et armé les deux parties au conflit. Il en a été de même au Congo Brazzaville, Kofi Annan avouant que « le problème du Congo, c’est la France ». La société a été privatisée en 1994 et a fusionné avec Total en 2000, pour créer le géant pétrolier TotalFinaElf, 4e mondial. Même si l’Etat semble moins impliqué aujourd’hui, la multinationale reste guidée par l’approvisionnement de la France en pétrole, avant toute autre considération.

Les interventions militaires françaises sur le continent africain ne peuvent plus se faire dans le secret comme auparavant. Le conflit actuel en Côte-d’Ivoire a permis de dévoiler l’action de la France, qui a certes servi de force tampon entre les différentes factions, mais reste très préoccupée par les intérêts français dans le pays. Les entreprises françaises détiennent tous les secteurs clés du pays et veulent les conserver, malgré les réticences de Laurent Gbagbo.
Il semble cependant que nous arrivions à la fin d’une époque, marquée symboliquement par la XXIVe conférence franco-africaine de Cannes. En effet, c’est le dernier sommet mené par Jacques Chirac, qui a fait ses adieux aux différents chefs d’Etat africains.
Signe fort, c’est la première fois que le Président de l’Union européenne était présent à une telle rencontre, en la personne d’Angela Merkel. L’Union européenne pourrait ainsi prendre le relais de la France dans les relations avec l’Afrique.
Les liens entre la France et l’Afrique semblent se desserrer et des pays, avides de nouveaux marchés et de ressources naturelles, en particulier les Etats-Unis et la Chine sont à la porte, et sont même déjà entrés.


En novembre 2006 s’est tenu à Pékin le « Forum de coopération Chine-Afrique » qui a rassemblé une quarantaine de chefs d’Etat africains.


Lors du sommet de Cannes, Jacques Chirac a appelé les candidats à la présidentielle à se rappeler de l’importance du continent africain. Ceux-ci ont affirmé leur volonté de faire preuve de transparence, et de tenir « un langage de vérité » concernant les relations franco-africaines. Pour cela, ils devront garder à l’esprit un proverbe togolais : « Là où l’argent parle, la vérité se tait ».

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dimanche 4 mars 2007

Le Mexique en effervescence




Le 1er décembre 2006, Felipe Calderón (Parti action nationale - PAN) succédait officiellement à Vicente Fox à la présidence du Mexique. La passation de pouvoir s’est faite en quelques minutes, sous les sifflets des députés de l’opposition, et malgré les barricades montées par les partisans de Manuel Andres Lopez Obrador (Parti de la révolution démocratique - PRD), le candidat malheureux.
Il est nécessaire de remonter un peu dans l’histoire politique du Mexique pour mieux appréhender les évènements actuels.


Le Mexique est un pays qui a connu de nombreuses luttes politiques et soulèvements populaires, à commencer par ceux pour l’indépendance du pays au début du XIXe siècle, ou encore ceux qui ont mené à la Révolution mexicaine en 1910. De ces luttes est né le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) qui a gouverné le pays pendant plus de 70 ans. Ce parti a déçu les espoirs de la Révolution, notamment par la corruption généralisée en son sein, et la répression qu’il a exercée sur le peuple. Dans les années 1980, le parti s’engage dans la voie néolibérale, imposée par les plans d’ajustements structurels du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale, ce qui entraîne une augmentation de la pauvreté et une dégradation du niveau de vie. Plus que jamais le pays est divisé en deux, entre le Nord industrialisé proche des Etats-Unis et le Sud rural, peuplé de populations indigènes de plus en plus pauvres. Le 1er janvier 1994, l’Accord de libre-échange Nord-américain (Alena) entre en vigueur. Le jour même a lieu au Chiapas, un Etat du Sud, le soulèvement de l’armée zapatiste de libération nationale (EZLN), dirigée par le sous-commandant Marcos. L’EZLN veut une reconnaissance des indigènes qui vivent au Sud du Mexique et dénonce leurs conditions de vie indécentes.
En 2000 ont lieu des élections présidentielles, qui sont censées être celles du changement. Pour la première fois depuis plus de 70 ans ce n’est pas un candidat du PRI qui est élu. Vicente Fox, candidat du PAN, et ancien gérant de Coca-Cola, devient Président de la République. Celui-ci procède à un approfondissement de la politique néolibérale. De plus, son mandat est marqué par des violations massives des droits humains. Le bilan de sa présidence se solde par une dégradation des conditions de vie d’une grande partie de la population.
Le 2 juillet 2006 se sont tenues les dernières élections présidentielles. Le candidat soutenu par Vicente Fox est Felipe Calderón. Son concurrent, qui bénéficie d’un large soutien populaire est Lopez Obrador, candidat du PRD, qui dit vouloir lutter contre la pauvreté. Les résultats donnent Calderón vainqueur par 35,89% des voix, contre 35,31% pour Obrador. Les partisans de ce dernier crient à la fraude. Naît alors un mouvement de résistance civile pacifique, qui nomme Obrador « Président légitime » le 16 septembre 2006. Il prend symboliquement ses fonctions le 20 novembre, jour anniversaire de la révolution mexicaine, devant plus d’un million de personnes rassemblées sur la place centrale de la ville de Mexico.
Le jour de la passation de pouvoir officielle entre Vicente Fox et Felipe Calderón, le 1er décembre 2006, des centaines de milliers de manifestants sont rassemblés pour protester contre le nouveau chef d’Etat. La télévision de la présidence monopolise la retransmission et ne laisse filtrer aucune image des manifestants. Un plan serré montre Felipe Calderón prêtant serment, la cérémonie est expédiée en quelques minutes. Les journalistes diront que « l’intronisation de Calderón s’est effectuée dans le calme ».


Ceci est symbolique de la façon dont le gouvernement essaie d’ignorer la résistance qui s’organise au Mexique. En effet, parallèlement à ce mouvement de résistance électorale, les manifestations de mécontentement social se multiplient dans le pays. Avant les élections, l’EZLN avait organisé « l’Autre campagne », afin de rassembler le peuple mexicain autour de ses idées. Dans l’Etat de Oaxaca, l’Assemblée populaire des peuples de Oaxaca (APPO) a pris le contrôle des institutions locales pour protester contre les actes du gouverneur.
Le Mexique bouillonne, et à l’exemple de la province de Oaxaca, le peuple ne se laisse pas impressionner par la répression gouvernementale. Au contraire, il poursuit sa lutte pour ses droits et pour une amélioration de sa condition. On peut se demander dans quelle mesure Felipe Calderón va pouvoir gouverner ce pays en continuant à ignorer les revendications du peuple mexicain, notamment celles de la population indigène du sud du pays qui voudrait enfin être reconnue.




Marcos, l’insurgé du Chiapas

Le sous-commandant Marcos est le principal dirigeant de l’armée zapatiste de libération nationale (EZLN). Surnommé « El Sub », c’est un personnage énigmatique qui cache son visage et son véritable nom. La guérilla zapatiste est formée majoritairement d’indiens mayas, qui revendiquent le droit de propriété sur la terre de leurs ancêtres. L’objectif n’est pas de renverser le pouvoir par les armes mais d’apporter « une alternative au modèle libéral qui nous tue », et de permettre l’instauration d’un gouvernement libre et démocratique pour le pays. La réalisation majeure des zapatistes est la gestion autonome de fait de leurs territoires. En 2001, Marcos et 23 autres dirigeants de l’EZLN organisent une marche sur Mexico, afin de demander la reconnaissance des peuples indigènes en tant que sujets collectifs de droits. En 2006, l’EZLN a lancé « l’Autre campagne » pour l’élection présidentielle, ayant pour objectif de rassembler les mouvements de résistance à travers le Mexique.


La révolte de Oaxaca

Le 22 mai 2006, une grève des maitres d'écoles réunit 70 000 personnes pour exiger un réajustement des salaires. Venus de toute la région, ils organisent un campement autour du palais du gouvernement, afin de faire entendre leurs revendications. Le 14 juin à l'aube, 2000 policiers envoyés par le gouverneur les délogent manu militari. On dénombre une soixantaine de blessés. Cette répression violente entraîne un soulèvement social, qui exige désormais la démission du gouverneur. Celui-ci est soutenu par le gouvernement central qui a besoin de son alliance politique afin de gagner les élections présidentielles de juillet. La population constitue alors une Assemblée populaire des peuples de Oaxaca (APPO). Elle tient la ville, occupe les institutions, prend le contrôle des médias. Très vite le gouverneur tente de reprendre le contrôle : il lance les « escadrons de la mort », commandos armés en 4x4 qui mènent des actions violentes. Le 25 novembre 2006, près de 200 personnes sont arrêtées. On dénombre 17 morts imputables aux autorités depuis le début du conflit. Malgré l’arrestation et l’assassinat de certains meneurs, le mouvement se maintient et la résistance s’organise dans les campagnes.

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lundi 12 février 2007

Darfour, la désolation

Que se passe-t-il réellement au Darfour ? C’est ce que va tenter d’établir une mission d’experts envoyée sur place par décision du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies du 13 décembre 2006. Les organisations internationales avancent les chiffres de 4 millions de personnes déplacées depuis 2003 et de plus de 200 000 morts. De son côté, le gouvernement soudanais réfute ces informations et nie toute implication dans la tragédie qui se joue au Darfour.
Les combats actuels dans cette région ne sont pas les premiers à secouer le pays. Khartoum est en effet en guerre depuis plus de 20 ans contre les rebelles du Sud du pays qui réclament leur indépendance. En 1998, de véritables massacres ont été perpétrés à leur encontre, le gouvernement central refusant, en pleine famine, toute aide humanitaire. Les deux parties au conflit ont cependant signé un accord de paix le 9 janvier 2005 à Nairobi au Kenya.
Mais aujourd’hui et depuis maintenant 3 ans, c’est la région du Darfour à l’Ouest du pays qui est le théâtre d’une véritable tragédie humaine. Pour essayer de comprendre ce qui se passe dans cette zone, il est fondamental de connaître le contexte historique.
Le territoire du Darfour est principalement peuplé de paysans noirs, dits « africains », mais également de tribus « arabes » nomades. Cette région a été économiquement délaissée, et la population y est très pauvre.
Pourtant c’est une zone stratégique qui a été utilisée à différentes fins : elle se trouve en effet au cœur de relations triangulaires souvent houleuses entre la Libye, le Soudan et le Tchad. De plus, du pétrole y a été découvert récemment, suscitant des convoitises. Le Darfour a servi dès les années 1970 de base arrière aux tentatives de déstabilisation du régime de N’Djamena par la Libye et certains groupes tchadiens. Au milieu des années 1980, la région est à nouveau instrumentalisée, la Libye disposant d’un droit d’ingérence dans ce territoire en échange de l’aide fournie au gouvernement soudanais dans sa lutte contre les forces rebelles du Sud du pays. Des armes sont distribuées par Tripoli aux populations nomades du Darfour. A cette époque, une grave famine frappe le pays et les populations sédentaires et nomades commencent à s’affronter pour des parcelles de terre exploitables.
En 2000, un « Livre noir » est anonymement publié, mettant en avant la mise à l’écart des populations noires du Darfour des circuits du pouvoir et de l’argent. Ces tribus africaines, prenant exemple sur les forces rebelles du Sud, pensent que seul le langage des armes est entendu par Khartoum.
En février 2003 une insurrection éclate, menée par le « Front de Libération du Darfour ». Ce groupe ne veut pas l’indépendance de la région, mais la fin de sa marginalisation économique. La réponse du gouvernement est sanglante. Ne parvenant pas à mater la rébellion, il arme des milices recrutées au sein des population nomades arabes : on les appelle les janjawids, ou hordes à cheval. Ces miliciens sèment la terreur au sein des populations noires du Darfour, pillant et brûlant les villages, tuant les hommes, et violant femmes et enfants. Ils sont soutenus par l’armée régulière du Soudan qui, selon des témoignages, bombarde les villages pour préparer l’arrivée des janjawids.
Des millions de personnes ont dû fuir dans des camps de réfugiés.
Un cessez-le-feu a été décrété en avril 2004, Khartoum s’engageant notamment à désarmer les janjawids. La promesse n’a pas été tenue, et les milices ont continué leurs exactions, l’accord concernant seulement les deux parties officielles aux combats : les forces de libération du Darfour et l’armée officielle soudanaise. Les hommes de l’Union Africaine sur le terrain sont aussi impuissants que l’ONU, qui voit ses résolutions bafouées. Le gouvernement central continue à faire tout ce qui est en son pouvoir pour entraver le travail des humanitaires et cacher la réalité des faits. Le conflit risque aujourd’hui de se répandre au Tchad et d’embraser la région. Il est urgent que le gouvernement soudanais stoppe son soutien aux janjawids et accepte l’aide humanitaire. Malheureusement, les intérêts politico-économiques dans cette région empêchent la prise de mesures efficaces pour mettre fin à ce drame, tant de la part de Khartoum, que de la communauté internationale.

Repères :
· Libye : capitale Tripoli et chef d’Etat Kadhafi
· Soudan : capitale Khartoum et chef d’Etat El-Béchir
· Tchad : capitale N’Djamena et chef d’Etat Déby