Edito - 2 juillet 2013

Snowden, TTIP, droits de l'homme et liberté d'expression... quelques réflexions sur l'actualité

Edward Snowden, le « whistleblower ». Un jeune homme d'une trentaine d'année, qui a décidé de révéler des informations sur les programmes de surveillance (ou d'espionnage, selon les préférences) américain, états-uniens, devrait-on dire.

PRISM, ou quand Big Brother n'est plus qu'un amateur... Prism, ce que l'on sait aujourd'hui

Snowden, sur les traces de Julian Assange, fondateur de Wikileaks et réfugié à l'ambassade d'Equateur au Royaume-Uni depuis plus d'un an.

Ou de Bradley Manning, un des informateurs de Wikileaks, qui a eu moins de chance. Son procès est en cours aux Etats-Unis. Accusé « d'aide à l'ennemi », il risque plus de 150 ans de prison... (Ou la mesure des peines de prisons à l'américaine !)

Revenons à notre whistleblower. Conscient de la réaction probable des Etats-Unis suite aux révélations, il s'est réfugié à Hong-Kong. De là, il cherche l'asile politique.

L'Equateur est cité. On se rappelle, ce pays, à déjà accordé l'asile politique à Julien Assange.

Réactions de Human Rights Watch (Organisation NON Gouvernementale de défense des DROITS de l'Homme!) : l'étrange voyage de Snowden (Chine, Russie, Equateur, Cuba, pensez-donc ! Ces pays sont-ils démocratiques ?! Les Etats-Unis, à n'en pas douter, le sont beaucoup plus...) et dans le même temps, un article sur la censure de la presse en Equateur... coïncidences ?!

Passons sur le chantage des Etats-Unis relatif aux accords commerciaux avec l'Equateur dans le cadre de la lutte anti-drogue (soit dit en passant, que l'Equateur propose aux Etats-Unis de leur financer une formation aux droits de l'Homme serait assez drôle si le contexte n'était pas aussi grave!).

Passons également sur un certain traitement médiatique d'une neutralité exemplaire.

Snowden est maintenant « en transit » à l'aéroport de Moscou, et envoie des demandes d'asile.

21 pays, dont la France. La France, dont plusieurs partis politiques ont appelé à lui accorder l'asile. (A noter que certains médias n'ont pas manqué une si belle occasion de mettre dans un même panier EELV, Front de Gauche et FN!).

La France, qui, au sein de l'Union Européenne, a débuté des négociations dans le cadre du TTIP.

TTIP ? Que vient faire cet engin dans ces quelques réflexions ?

TTIP ? Un accord commercial trans-atlantique en discussion entre l'Europe et les Etats-Unis, en tant que bons partenaires commerciaux... (des micros placés par la NSA dans les locaux de la Commission Européenne ne sont bien sûr qu'anecdotiques...).

Cette anecdote nous donne tout de même l'occasion de se pencher sur cet accord « commercial » qui plus précisément vise à supprimer les barrières « non-tarifaires » au commerce : au hasard, toute règle environnementale, éthique, sociale etc. qui gênerait le libre-échange.

Soyons rassurés, s'il s'agit de s'aligner sur les Etats-Unis en la matière, nous pouvons avoir confiance dans leurs normes sociales, éthiques, environnementales...

Rassurons-nous également, nous serons certainement bien informés par les médias sur ce TTIP et sur l'avancement des négociations, afin de voter en 2014 pour nos députés européens en toute connaissance de cause !

Enfin, heureusement nous pouvons compter sur l'école pour former les jeunes à développer leur esprit critique et leur esprit d'analyse !

MB

mercredi 11 avril 2007

Le Turkménistan: une dictature dans le désert


Le Turkménistan est un pays désertique d’Asie centrale presque aussi grand que la France, et peuplé de 4,3 millions d’habitants. Le plus long canal d’irrigation du monde y trace une ligne de vie d’est en ouest sur laquelle se concentre la majorité de la population. Celle-ci demeure surtout rurale, et se divise en sept tribus. Les turkmènes sont avant tout loyaux à leur clan, ce qui ne les empêche pas d’avoir une identité nationale forte.
Le Turkménistan est une ancienne République soviétique qui a traversé l’ère communiste sans heurt. La déclaration d’indépendance du 27 octobre 1991 n’a donné lieu à aucun bouleversement. Le président du Soviet suprême turkmène depuis 1990, Saparmourad Nyazov, est élu président de la République en octobre 1991, puis à nouveau en juin 1992, dans des élections sans adversaire, où il récolte plus de 98% des suffrages.
Nyazov met alors en place un culte de la personnalité omniprésent et se fait appeler « Turkmenbachy », soit « chef des turkmènes ». Ce surnom est systématiquement donné aux grandes avenues des villes, et même à un port sur la Caspienne. Sa statue dorée (voir une), installée dans le centre d’Achkhabad, la capitale, est le symbole de cette dérive personnelle. Le Parlement turkmène lui accorde même en 1999 la présidence à vie. Lors des élections législatives, les candidats sont quasiment tous issus du parti du président. Depuis 1991, Nyazov a consolidé sa mainmise sur la vie publique turkmène. La presse est censurée, et le parti d’opposition Agzybirlik a disparu suite à l’arrestation de ses dirigeants en 1992.
Le président a grandement réduit les crédits à la santé, conduisant à la fermeture de nombreux hôpitaux, et à l’apparition de pathologies telles que la tuberculose, le choléra ou la dysenterie. Saparmourad Nyazov meurt le 21 décembre 2006 sans avoir respecté sa promesse de permettre à chaque famille turkmène de posséder une Mercedes neuve.
Son successeur n’a pas engagé le pays sur la voie de la libéralisation. En effet, Gurbanguly Berdimuhammedow est élu le 11 février 2007, alors que son principal adversaire a été empêché de se présenter. Le vainqueur avait d’ailleurs préparé sa cérémonie d’investiture avant le scrutin, et aucun journaliste indépendant ne s’est vu accorder de visa pour suivre ces élections.
Sur le plan international, le Turkménistan est neutre et se soucie surtout de trouver des débouchés pour son gaz naturel. Un accord avec la compagnie Gazprom a été annoncé en février 2000, par lequel le géant russe s’engage à évacuer le gaz turkmène à bon prix. Cette transaction est le seul élément intéressant les Etats-Unis et l’Europe concernant le Turkménistan. Pourtant, seule une attention accrue de la communauté internationale pourrait contraindre le pouvoir d’Achkhabad d’évoluer vers la démocratie et le respect des droits de l’homme.

L'ambiguité des relations franco-africaines sous la Ve République: la politique française inavouée

Les 15 et 16 février 2007 s’est tenu la XXIVe Conférence des chefs d’Etat d’Afrique et de France à Cannes. Les relations entre la France et l’Afrique sont très anciennes et pour le moins ambiguës. Ce sommet est l’occasion de dresser un bilan de la « Françafrique » (expression de l’ex-président Ivoirien Félix Houphouët-Boigny), la partie méconnue des relations franco-africaines de ces 50 dernières années.
La naissance de la Ve République intervient en pleine guerre d’Algérie. Le nouveau régime français doit se construire dans une période trouble, marquée par la décolonisation.
Malgré une indépendance officielle des Etats africains, se met en place à partir de 1960 la « cellule africaine de l’Elysée ». Le général de Gaulle veut en effet garder des liens privilégiés avec ce continent. Cela se traduit par une politique paternaliste qui est censée faciliter le développement des jeunes Etats africains. L’objectif plus inavoué est de garder une mainmise sur ces pays, dont la France a besoin, que ce soit sur le plan politique ou économique.
Le général de Gaulle nomme ainsi en 1960 Jacques Foccart « Secrétaire général de l’Elysée aux affaires africaines et malgaches », poste qu’il occupera jusqu’en 1974. Il est le « Monsieur Afrique » de l’Elysée. Foccart a mené une politique souterraine durant de nombreuses années, sur ordre du président français. Il avait des relations très étroites avec les dirigeants africains, et a installé au pouvoir nombre d’entre eux au moment des indépendances. Mais ces derniers ne devaient pas s’écarter de la politique prônée par la France, sous peine de se voir démettre par le même Foccart.
Le premier coup d’état sanglant de l’Afrique indépendante est un exemple de cette politique menée dans l’ombre par la France. Sylvanus Olympio, premier président du Togo, est assassiné le 13 janvier 1963. Ce coup d’état a été soutenu par les réseaux de Foccart, le président togolais s’écartant trop de la tutelle française.

Un épisode oublié de l’histoire : le massacre des Bamiléké
Le 1er janvier 1960, après l’indépendance du Cameroun, Foccart installe son ami Ahmadou Ahidjo au pouvoir. Aussitôt, un accord de coopération militaire est signé avec la France. Il existe alors au Cameroun un groupe de nationalistes radicaux, l’UPC, notamment composé du peuple Bamiléké. Le président Ahidjo veut neutraliser ce mouvement et la France, qui craint que ce groupe ne déstabilise le pays, va l’aider. Le général de Gaulle dépêche sur place cinq bataillons. Entre février et mars 1960, 56 villages Bamiléké sont incendiés et rasés par l’armée régulière française. Certains parlent de génocide concernant ce peuple (entre 60 000 et 400 000 morts selon les sources). Le 20 octobre 1960, le chef de l’UPC, Félix Moumié, est assassiné à Genève. La répression des membres de l’UPC va durer jusque dans les années 70. Le Ministre des armées de l’époque, M. Guillaumat dira : « C’est la première fois qu’une révolte d’une telle ampleur est écrasée convenablement ».

A partir de la présidence de François Mitterrand, il n’y a plus eu un unique réseau comme du temps de Foccart, mais plusieurs, dont celui du nouveau « Monsieur Afrique » de l’Elysée, Jean-Christophe Mitterrand (ou « Papa m’a dit »). Celui-ci a été « Conseiller pour les affaires africaines » entre 1986 et 1992. En 1993 il est mis en examen pour complicité de trafic d’armes avec l’Angola (la justice ne s’est toujours pas prononcée sur cette affaire). Les réseaux de Charles Pasqua sont également très influents à cette époque.

L’affaire des ventes d’armes à l’Angola ou « affaire Falcone »
Pierre Falcone est un négociant en contrats pétroliers et en armement. Il a été au centre de l’affaire des ventes d’armes en Angola en 1993-94, alors qu’un embargo interdisait la commercialisation d’armements vers ce pays. Le trafic s’est fait notamment sous couvert de la société Sofremi, une société dépendant du ministère de l’intérieur, alors dirigé par Charles Pasqua. La classe politique française aurait largement bénéficié du trafic juteux de Pierre Falcone, notamment le parti politique de M. Pasqua, le RPF. Falcone est depuis 2004 sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour son implication dans les ventes d’armes à l’Angola. Cependant, il bénéficie de l’immunité diplomatique, ayant été nommé en 2003 ambassadeur à l’Unesco par l’Angola, en remerciement de « sa contribution en faveur de l’Angola » (le pays avait besoin d’armes dans sa guerre contre les rebelles de l’Unita).

Les différents réseaux politico-financiers ont toujours fonctionné dans l’ombre.
Ces dernières années cependant, des affaires ont permis de mettre à jour une partie des transactions et manœuvres politiques s’effectuant secrètement.

« L’affaire Elf »
Cette affaire politico-fiancière a éclaté en 1994. L’instruction a révélé un vaste réseau de corruption : l’entreprise publique née en 1967 de la fusion de plusieurs entreprises pétrolières françaises, bénéficiait de la bienveillance voire du soutien de l’exécutif français dans ses agissements pour la protection des intérêts pétroliers de la société. Dès sa création, la priorité d’Elf a été de sécuriser le pétrole africain, l’approvisionnement pétrolier français étant considéré comme un enjeu majeur. Elf possède son propre service de renseignement, et s’implante d’abord au Gabon, portant au pouvoir Omar Bongo, ancien agent des services secrets français. La société a été impliquée dans la guerre civile en Angola, qui possède d’importants gisements pétroliers, l’ex-PDG Le Floch-Prigent reconnaissant avoir financé et armé les deux parties au conflit. Il en a été de même au Congo Brazzaville, Kofi Annan avouant que « le problème du Congo, c’est la France ». La société a été privatisée en 1994 et a fusionné avec Total en 2000, pour créer le géant pétrolier TotalFinaElf, 4e mondial. Même si l’Etat semble moins impliqué aujourd’hui, la multinationale reste guidée par l’approvisionnement de la France en pétrole, avant toute autre considération.

Les interventions militaires françaises sur le continent africain ne peuvent plus se faire dans le secret comme auparavant. Le conflit actuel en Côte-d’Ivoire a permis de dévoiler l’action de la France, qui a certes servi de force tampon entre les différentes factions, mais reste très préoccupée par les intérêts français dans le pays. Les entreprises françaises détiennent tous les secteurs clés du pays et veulent les conserver, malgré les réticences de Laurent Gbagbo.
Il semble cependant que nous arrivions à la fin d’une époque, marquée symboliquement par la XXIVe conférence franco-africaine de Cannes. En effet, c’est le dernier sommet mené par Jacques Chirac, qui a fait ses adieux aux différents chefs d’Etat africains.
Signe fort, c’est la première fois que le Président de l’Union européenne était présent à une telle rencontre, en la personne d’Angela Merkel. L’Union européenne pourrait ainsi prendre le relais de la France dans les relations avec l’Afrique.
Les liens entre la France et l’Afrique semblent se desserrer et des pays, avides de nouveaux marchés et de ressources naturelles, en particulier les Etats-Unis et la Chine sont à la porte, et sont même déjà entrés.


En novembre 2006 s’est tenu à Pékin le « Forum de coopération Chine-Afrique » qui a rassemblé une quarantaine de chefs d’Etat africains.


Lors du sommet de Cannes, Jacques Chirac a appelé les candidats à la présidentielle à se rappeler de l’importance du continent africain. Ceux-ci ont affirmé leur volonté de faire preuve de transparence, et de tenir « un langage de vérité » concernant les relations franco-africaines. Pour cela, ils devront garder à l’esprit un proverbe togolais : « Là où l’argent parle, la vérité se tait ».

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Portrait: les oubliés du Myanmar

Dans de lointaines forêts tropicales survit un peuple en rébellion contre l’Etat central birman : les karenni. Ils ne doivent pas être confondus avec leurs proches voisins karens, qui eux aussi luttent contre la junte militaire au pouvoir depuis le coup d’Etat du 2 mars 1962. L’histoire karenni est celle de son combat pour la liberté. En effet, installés le long de la rivière Salween depuis plusieurs millénaires avant JC, les karenni combattent pour leur indépendance depuis l’arrivée des birmans au IXe siècle. La colonisation britannique au XIXe siècle est venue confirmer cette particularité avec la signature d’un traité anglo-birman le 21 juin 1875, reconnaissant la souveraineté de l’Etat karenni au sein du Myanmar. Ce territoire sera finalement régi administrativement par l’Empire des Indes britanniques jusqu’à ce que celui-ci s’écroule face à l’invasion japonaise en 1942. Des milliers de karenni décident de combattre l’envahisseur du soleil levant, alors que le gouvernement birman soutient les forces de l’Axe. Les karenni retrouvent une indépendance de fait après la défaite japonaise. Parallèlement, la conférence de Panglong du 12 février 1947 consacre la création d’un Etat fédéré dénommé Union birmane. Les karenni refusent d’y adhérer, alors que d’autres ethnies acceptent d’en faire partie à la condition de bénéficier d’un droit de sécession. L’indépendance de l’Union birmane est officiellement proclamée le 4 janvier 1948 et l’Etat karenni se retrouve, malgré lui, intégré dans les frontières de ce nouvel Etat fédéral. L’armée du pouvoir central envahit le pays karenni, dont le président U Be Tu Reh est exécuté le 8 septembre 1948. Cette date marque l’entrée dans la guérilla du peuple karenni.
Le « Karenni National Progressive Party » mène la résistance avec un gouvernement et une armée nationale face au pouvoir central birman. Les karenni font même partie depuis 1959 du « National Democratic United Front » qui regroupe différents mouvements insurrectionnels de la Birmanie : deux tiers du territoire du Myanmar et plus de la moitié de sa population sont insurgés. La junte militaire vient d’ailleurs d’inaugurer Naypyidaw le 27 mars dernier, la nouvelle capitale du Myanmar, car cette ville, située en pleine jungle, est moins susceptible d’être la cible d’un coup d’état. Contrairement aux rebelles communistes, les insurgés karenni refusent de financer leur lutte avec l’argent du trafic d’opium provenant du Triangle d’Or (région birmane). Les moyens dont ils disposent proviennent d’une taxe de 10% imposée aux contrebandiers qui transportent des marchandises en passant par leur territoire. Les 300 000 karenni vivent dans des conditions très difficiles, leurs villages étant fréquemment bombardés par l’aviation du pouvoir central. Malgré tout, les karenni continuent à se battre pour leur liberté depuis bientôt 60 ans avec une ardeur toujours aussi vivante.








Les karenni comptent parmi les dernières « femmes girafes » au monde, dont le cou peut atteindre 30 cm. Cette spirale en laiton, pesant 4 à 5 kilos, est censée protégée l’âme de la tribu, et ne peut être retirée sans causer la mort de sa porteuse.

Porto Alegre: une métropole en mouvement

Porto Alegre est la capitale de l’état du Rio Grande do Sul, à l’extrême sud du Brésil. Cette ville est, depuis 1988 et la victoire du Parti des travailleurs aux élections municipales, le berceau d’une expérience originale de gestion financière.
L’instauration d’un mécanisme de budget participatif a permis à plus de 140 000 personnes jusqu’à aujourd’hui d’être directement impliquées dans le choix des dépenses de la mairie. Ce système a été conçu afin de remédier à la corruption, en établissant un contrôle de la population sur le pouvoir issu des élections. Il permet de renverser les priorités d’investissement de la ville en fonction de la mobilisation citoyenne, qui est particulièrement importante dans les quartiers démunis.
Le budget est élaboré par une « pyramide représentative » : au niveau « micro-local », les réunions sont ouvertes à tous les citoyens, qui émettent des propositions et élisent des délégués. Ceux-ci se regroupent en assemblées plénières pour synthétiser le travail effectué en réunion. Le Conseil du budget participatif (COP), en haut de la pyramide, hiérarchise les priorités à l’échelle de la ville. C’est le COP qui constitue le lien avec l’exécutif, en votant un projet de budget qui sera transmis à la mairie pour son aval final.
Cette procédure démocratique a permis d’instaurer une véritable transparence budgétaire et de sensibiliser la population aux possibilités et limites de l’action publique. De nombreux progrès ont été effectués, notamment en matière d’infrastructures sanitaires (eau potable, tout-à-l’égout), et de transport (services de bus et goudronnage des rues), surtout dans les favelas défavorisées.
Pourtant les débuts de cette initiative ont été assez difficiles avec seulement 700 participants la première année (1989), et moins de 400 les deux suivantes. Puis, les premiers résultats ayant vu le jour, les portoalegrenses se sont davantage investis dans le budget participatif pour rassembler près de 20 000 citoyens dans les réunions micro-locales en 1998. Néanmoins, le mouvement s’est quelque peu essoufflé récemment avec la victoire aux dernières élections municipales de 2004 du candidat socialiste, qui est sensiblement moins favorable à ce mécanisme.
Cette expérience de démocratie participative reste unique au monde et riche d’enseignements. Elle a motivé l’accueil à Porto Alegre du premier Forum Social Mondial (FSM) en 2001, rassemblant des dizaines de milliers de participants venus du monde entier pour débattre des questions sociales contemporaines. La ville a reçu à nouveau le FSM en 2002, 2003 et 2005, avec un succès grandissant.


Affiche du Forum Social Mondial 2005, à Porto Alegre, qui a rassemblé plus de 150 000 personnes

dimanche 4 mars 2007

Tchétchénie: les origines d'un drame quotidien

Le conflit en Tchétchénie est souvent présenté par les médias comme une intervention armée russe visant à préserver les ressources du Caucase face à des rebelles islamistes. Or, le pétrole de Tchétchénie représente trop peu pour expliquer l’ampleur des pertes humaines (seulement 2% de la production russe contre des centaines de milliers de victimes). La réalité de ce conflit est beaucoup plus nuancée et prend sa source dans une longue évolution historique. Tout d’abord, les russes envahissent le Caucase au XIXe siècle et les tchétchènes n’auront alors de cesse de se révolter contre l’occupant, suivant les paroles de leur hymne national : « la liberté ou la mort ». Staline les accusera à tort de collaboration avec les nazis, pour déporter 390 000 d’entre eux de 1944 à 1957, faisant 170 000 victimes. Avec la glasnost et la perestroïka, la Tchétchénie participe au réveil des nationalités de l’U.R.S.S. et proclame son indépendance à la faveur de l’éclatement du bloc soviétique le 2 novembre 1991. Après l’expulsion de 250 000 russes organisée par la république du Caucase, Boris Eltsine décide à la veille de l’élection présidentielle de 1994 de « rétablir l’ordre constitutionnel en Tchétchénie », pensant que la victoire serait facile. Après 2 ans de lutte et entre 50 000 et 100 000 victimes, un traité de paix est signé prônant le statu quo, les troupes de Moscou n’ayant pu reprendre Grozny. Ce premier conflit a largement renforcé le sentiment national tchétchène et développé certaines dérives islamistes que le président modéré de la république caucasienne, Aslan Maskhadov, a du mal à contenir à partir de 1997. Les prises d’otages et attentats se multiplient jusque sur le territoire de la Russie. Vladimir Poutine, succédant à Boris Eltsine en 1999, annonce clairement qu’il faut « buter les terroristes jusque dans les chiottes ». La deuxième guerre de Tchétchénie commence alors avec un pilonnage massif des villes de la république du Caucase. Les troupes russes reprennent le contrôle de la région et installent à Grozny un pouvoir pro-russe, avec des élections controversées. Les militaires sur place se livrent à des brimades arbitraires et une milice tchétchène est même créée pour maintenir l’ordre. La population civile vit dans un climat délétère de terreur alors que les actes terroristes de la rébellion persistent. Le bilan de ces deux guerres en Tchétchénie est dramatique. La majorité des tchétchènes est opprimée, alors que le pouvoir de Grozny inféodé à Moscou ne bénéficie d’aucune légitimité. Les mouvements de résistance sont dorénavant particulièrement radicalisés par la branche islamiste de la rébellion, comme le montrent les prises d’otage du théâtre de la Doubrovka et de l’école de Beslan. Alors que la situation semble très éloignée de la normalisation, la communauté internationale reste très conciliante avec la Russie et son gaz naturel.

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Le Mexique en effervescence




Le 1er décembre 2006, Felipe Calderón (Parti action nationale - PAN) succédait officiellement à Vicente Fox à la présidence du Mexique. La passation de pouvoir s’est faite en quelques minutes, sous les sifflets des députés de l’opposition, et malgré les barricades montées par les partisans de Manuel Andres Lopez Obrador (Parti de la révolution démocratique - PRD), le candidat malheureux.
Il est nécessaire de remonter un peu dans l’histoire politique du Mexique pour mieux appréhender les évènements actuels.


Le Mexique est un pays qui a connu de nombreuses luttes politiques et soulèvements populaires, à commencer par ceux pour l’indépendance du pays au début du XIXe siècle, ou encore ceux qui ont mené à la Révolution mexicaine en 1910. De ces luttes est né le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) qui a gouverné le pays pendant plus de 70 ans. Ce parti a déçu les espoirs de la Révolution, notamment par la corruption généralisée en son sein, et la répression qu’il a exercée sur le peuple. Dans les années 1980, le parti s’engage dans la voie néolibérale, imposée par les plans d’ajustements structurels du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale, ce qui entraîne une augmentation de la pauvreté et une dégradation du niveau de vie. Plus que jamais le pays est divisé en deux, entre le Nord industrialisé proche des Etats-Unis et le Sud rural, peuplé de populations indigènes de plus en plus pauvres. Le 1er janvier 1994, l’Accord de libre-échange Nord-américain (Alena) entre en vigueur. Le jour même a lieu au Chiapas, un Etat du Sud, le soulèvement de l’armée zapatiste de libération nationale (EZLN), dirigée par le sous-commandant Marcos. L’EZLN veut une reconnaissance des indigènes qui vivent au Sud du Mexique et dénonce leurs conditions de vie indécentes.
En 2000 ont lieu des élections présidentielles, qui sont censées être celles du changement. Pour la première fois depuis plus de 70 ans ce n’est pas un candidat du PRI qui est élu. Vicente Fox, candidat du PAN, et ancien gérant de Coca-Cola, devient Président de la République. Celui-ci procède à un approfondissement de la politique néolibérale. De plus, son mandat est marqué par des violations massives des droits humains. Le bilan de sa présidence se solde par une dégradation des conditions de vie d’une grande partie de la population.
Le 2 juillet 2006 se sont tenues les dernières élections présidentielles. Le candidat soutenu par Vicente Fox est Felipe Calderón. Son concurrent, qui bénéficie d’un large soutien populaire est Lopez Obrador, candidat du PRD, qui dit vouloir lutter contre la pauvreté. Les résultats donnent Calderón vainqueur par 35,89% des voix, contre 35,31% pour Obrador. Les partisans de ce dernier crient à la fraude. Naît alors un mouvement de résistance civile pacifique, qui nomme Obrador « Président légitime » le 16 septembre 2006. Il prend symboliquement ses fonctions le 20 novembre, jour anniversaire de la révolution mexicaine, devant plus d’un million de personnes rassemblées sur la place centrale de la ville de Mexico.
Le jour de la passation de pouvoir officielle entre Vicente Fox et Felipe Calderón, le 1er décembre 2006, des centaines de milliers de manifestants sont rassemblés pour protester contre le nouveau chef d’Etat. La télévision de la présidence monopolise la retransmission et ne laisse filtrer aucune image des manifestants. Un plan serré montre Felipe Calderón prêtant serment, la cérémonie est expédiée en quelques minutes. Les journalistes diront que « l’intronisation de Calderón s’est effectuée dans le calme ».


Ceci est symbolique de la façon dont le gouvernement essaie d’ignorer la résistance qui s’organise au Mexique. En effet, parallèlement à ce mouvement de résistance électorale, les manifestations de mécontentement social se multiplient dans le pays. Avant les élections, l’EZLN avait organisé « l’Autre campagne », afin de rassembler le peuple mexicain autour de ses idées. Dans l’Etat de Oaxaca, l’Assemblée populaire des peuples de Oaxaca (APPO) a pris le contrôle des institutions locales pour protester contre les actes du gouverneur.
Le Mexique bouillonne, et à l’exemple de la province de Oaxaca, le peuple ne se laisse pas impressionner par la répression gouvernementale. Au contraire, il poursuit sa lutte pour ses droits et pour une amélioration de sa condition. On peut se demander dans quelle mesure Felipe Calderón va pouvoir gouverner ce pays en continuant à ignorer les revendications du peuple mexicain, notamment celles de la population indigène du sud du pays qui voudrait enfin être reconnue.




Marcos, l’insurgé du Chiapas

Le sous-commandant Marcos est le principal dirigeant de l’armée zapatiste de libération nationale (EZLN). Surnommé « El Sub », c’est un personnage énigmatique qui cache son visage et son véritable nom. La guérilla zapatiste est formée majoritairement d’indiens mayas, qui revendiquent le droit de propriété sur la terre de leurs ancêtres. L’objectif n’est pas de renverser le pouvoir par les armes mais d’apporter « une alternative au modèle libéral qui nous tue », et de permettre l’instauration d’un gouvernement libre et démocratique pour le pays. La réalisation majeure des zapatistes est la gestion autonome de fait de leurs territoires. En 2001, Marcos et 23 autres dirigeants de l’EZLN organisent une marche sur Mexico, afin de demander la reconnaissance des peuples indigènes en tant que sujets collectifs de droits. En 2006, l’EZLN a lancé « l’Autre campagne » pour l’élection présidentielle, ayant pour objectif de rassembler les mouvements de résistance à travers le Mexique.


La révolte de Oaxaca

Le 22 mai 2006, une grève des maitres d'écoles réunit 70 000 personnes pour exiger un réajustement des salaires. Venus de toute la région, ils organisent un campement autour du palais du gouvernement, afin de faire entendre leurs revendications. Le 14 juin à l'aube, 2000 policiers envoyés par le gouverneur les délogent manu militari. On dénombre une soixantaine de blessés. Cette répression violente entraîne un soulèvement social, qui exige désormais la démission du gouverneur. Celui-ci est soutenu par le gouvernement central qui a besoin de son alliance politique afin de gagner les élections présidentielles de juillet. La population constitue alors une Assemblée populaire des peuples de Oaxaca (APPO). Elle tient la ville, occupe les institutions, prend le contrôle des médias. Très vite le gouverneur tente de reprendre le contrôle : il lance les « escadrons de la mort », commandos armés en 4x4 qui mènent des actions violentes. Le 25 novembre 2006, près de 200 personnes sont arrêtées. On dénombre 17 morts imputables aux autorités depuis le début du conflit. Malgré l’arrestation et l’assassinat de certains meneurs, le mouvement se maintient et la résistance s’organise dans les campagnes.

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Le Bhoutan ou le mystère au coeur de l'Himalaya

Le Bhoutan est un pays d’Asie, grand comme la Suisse, enclavé entre l’Inde et le Tibet et qui compte environ 700 000 habitants. Cet Etat, longtemps resté inconnu de l’Occident, était assimilé à tort au Tibet jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Il est vrai que les liens entre ces deux territoires sont très forts, puisqu’ils ont en commun la religion bouddhiste qui rythme leur vie quotidienne. Le principal partenaire commercial du Bhoutan est l’Inde (94% de ses échanges), à qui le « pays du Dragon » revend notamment le surplus de sa production hydroélectrique. La géographie de ce pays est particulièrement riche puisque le sud est dominé par les denses forêts du Bengale, alors que la remontée vers le nord de la contrée ressemble à l’ascension d’un escalier qui culmine à plus de 7 000 mètres. Ancienne théocratie, le Bhoutan devient une monarchie en 1907 avec l’arrivée au trône de la dynastie Wangchuck. Les bhoutanais sont particulièrement attachés à leurs monarques qui ont su préserver l’indépendance nationale, d’abord de la colonisation (le protectorat britannique de 1910 à 1949 était très souple), puis de leurs puissants voisins (l’Inde et la Chine). La politique économique menée par cet Etat depuis plus de 50 ans bouscule les concepts occidentaux de développement : le Bhoutan a su entamer sa modernisation tout en conservant ses traditions. Ceci est illustré par l’apprentissage conjoint à l’école du dzongkha (langue de l’identité nationale), et de l’anglais (symbole de l’ouverture sur le monde). Le pays devient membre de l’ONU en 1971, grâce à son 3e roi : Jigme Dorji Wangchuck. Celui-ci, dès son accession au trône en 1952, décide de changer la société pour la mettre en phase avec le monde. Le « père du Bhoutan moderne » crée une Assemblée nationale, abolit le servage, redistribue les terres, et emploie de nombreux fonctionnaires, notamment dans le domaine de la santé et de l’éducation, qui constituent aujourd’hui les premiers postes de dépense publique. Cette évolution ne se fait pas au détriment de l’environnement, qui demeure un souci permanent des bhoutanais. Une commission veille à la protection de la faune et à la préservation des forêts, qui couvrent actuellement 72% du territoire (64% en 1960). Par ailleurs, le tourisme de masse n’est pas encouragé, contrairement à ses voisins himalayens. Ainsi, en 2006 seulement 16.000 étrangers ont pu visiter ce pays, qui préfère s’orienter vers un tourisme de qualité avec l’établissement d’un droit de séjour s’élevant à 170 euros par jour. Pour autant, le Bhoutan bénéficie du 2e PIB le plus important d’Asie du sud après le Sri Lanka. Ici encore, le « pays du Dragon » cultive son originalité avec la création d’un indicateur plus large que les critères économiques traditionnels : le Bonheur national brut. Cet indice prend en compte le développement économique équitable et durable, la conservation et la promotion de la culture bhoutanaise, la sauvegarde de l’environnement, ainsi que la bonne gouvernance responsable. La modernisation du pays s’est poursuivie dans les années 90 avec le développement des modes de communication (Internet et télévision par câble en 1999), et la réforme des institutions. Le 4e roi, Jigme Singye Wangchuck décide ainsi en 1998 d’abandonner ses fonctions de chef du gouvernement. Il demeure chef de l’Etat jusqu’en novembre 2006, date à laquelle il décide d’abdiquer en faveur de son fils. Un projet de constitution doit entrer en vigueur en 2008, afin de transformer l’Etat en une monarchie parlementaire. Par ailleurs, le pays a fait preuve d’une grande stabilité au cours du XXe siècle, troublée quelque peu récemment par la reconduction à la frontière d’une partie des centaines de milliers de népalais ayant fui leur territoire du fait de la rébellion maoïste. De plus, l’armée bhoutanaise a dû intervenir en 2003 pour expulser du sud du pays les rebelles assamais indiens qui s’y étaient réfugiés. La maîtrise de ces crises est très importante pour l’indépendance et le crédit de Thimphu (la capitale du pays). Ainsi, le Bhoutan, véritable miracle géopolitique, évolue mais ne change pas ; il se modernise depuis plus de 50 ans tout en gardant ses traditions et en respectant l’environnement : peut-être un modèle à suivre pour de nombreux pays…

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